Avez-vous lu ? Vincent Chabault, Sociologie de la consommation, Dunod, 2017

Cet ouvrage offre un décryptage sociologique de la consommation en l’envisageant avant tout comme une pratique sociale. Véritable synthèse des approches théoriques classiques et des recherches contemporaines, il apporte un éclairage sur les récentes évolutions des pratiques d’achat (commerce en ligne, consommation collaborative, etc.).
Il vise notamment à identifier :
• les processus sociaux à l’oeuvre dans les pratiques d’achat ;
• l’influence des facteurs sociaux et économiques sur les décisions des individus ;
• l’impact de l’action des industriels, des distributeurs, des professionnels du marketing et de la publicité ;
• et, plus largement, les évolutions des conduites de consommation dans un univers commercial omniprésent où règnent à la fois des possibilités de choix
informés et des dispositifs d’encadrement marchand renouvelés.

In press, El Euch Maalej, Frochot et Salvador (2017), Le rôle de la restauration gastronomique dans la valorisation des produits alimentaires localisés, DM

Décisions marketing - N°85, Janvier-Mars- 2017

 

La consommation de produits alimentaires localisés est une tendance de fond depuis ces dernières années. Néanmoins, ces produits souffrent encore d’un manque de visibilité auprès des consommateurs. Outre les acteurs de la grande distribution et les acteurs traditionnels (producteurs locaux, collectivités locales, etc.), les chefs étoilés communiquent eux aussi sur les produits localisés. Cette étude qualitative montre que le restaurant gastronomique participe à la communication des produits localisés, et qu’en retour, ces derniers contribuent à l’ancrage territorial de l’établissement. Les résultats de cette étude permettent de faire des recommandations tant aux chefs qu’aux acteurs de la filière afin de mieux valoriser les produits localisés. 

 

The role of gastronomical restaurants in the promotion of localized products 

 

The consumption of local food products has been a growing trend over the past few years. However, these products suffer from low visibility with the general public. In addition to supermarkets and traditional actors (local producers, local authorities, etc.), Michelin starred-chefs also communicate about local food production. This qualitative study shows that gastronomical restaurants contribute to the promotion of local products, and that these products contribute to the restaurants’ local roots. The results lead to recommendations to help both chefs and producers better promote local products. 

Avez-vous lu ? Richard Ladwein, Malaise dans la société de consommation, EMS, Collection Versus

Pourquoi sommes-nous (presque) tous un peu matérialistes ? Les biens matériels occupent une place incroyable dans nos vies. En consommant, l’individu dessine les contours de sa vie, la modèle selon un schéma qui lui est propre. Consommer beaucoup, ou plus que nécessaire, c’est être matérialiste. Mais peu de personnes acceptent de se considérer comme matérialistes. Pourtant dans les pays développés un matérialisme diffus se répand dans toutes les couches de la société. Un petit pas grand-chose qui fait que l’on consomme un peu trop. Ce petit pas grand-chose nous l’avons appelé le matérialisme ordinaire.

L’objet de cet essai est de déconstruire les rouages de la relation que nous entretenons avec nos possessions matérielles. Comment et pourquoi nous attachons-nous à certains objets et pas à d’autres et pourquoi achetons-nous systématiquement un peu trop de biens matériels ? Quelles relations existe-t-il entre le matérialisme, les différentes formes de consommation, la construction identitaire et les valeurs des individus dans un environnement social incertain ? Que penser de la socialisation économique et des questions de société que pose le matérialisme ? Telles sont les questions fondamentales posées dans cet essai qui nous permettront de mettre en évidence la logique et la dynamique du matérialisme ordinaire dans la vie quotidienne.

Commander : Richard Ladwein (2017), Malaise dans la société de consommation, Essai sur le matérialisme ordinaire, EMS, Collection Versus.

Online first - Robert-Demontrond, Beaudouin et Dabadie (2017), Diversité, conflictualité, complémentarité des visions du monde

Diversité, conflictualité, complémentarité des visions du monde : une investigation anthropologique de la consommation en Amap

Philippe Robert-DemontrondVanessa BeaudouinIsabelle Dabadie

Recherche et Applications en Marketing (French Edition)

 

Abstract

Cet article propose de comprendre l’engagement des consommateurs dans des systèmes de vente directe alternatifs au marché : les Amaps (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Il s’appuie sur une méthode ethnographique et mobilise un cadre d’analyse anthropologique, la Cultural Theory, dont la vocation est d’élucider les visions du monde des acteurs. L’analyse fait apparaître les Amaps comme des enclaves communautaires hors et contre le marché. Elle met également en évidence une pluralité culturelle qui caractérise le mouvement Amapien. Si cette diversité des visions du monde est source de tensions, leur complémentarité se révèle également positive pour les Amaps.

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Recension, par Eric Rémy dans Le blog de l'association française du marketing

 

Voyage en Amapie. A la découverte des 3 mondes cachés.

 

Publié le mai 5, 2017 par ericremy

 

Une Amap est une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ayant pour objectif de préserver l’existence et la continuité des fermes de proximité. Elle s’inscrit dans une logique d’agriculture durable, c’est-à-dire paysanne, socialement équitable et écologiquement saine. La première a été créée en 2001. Depuis, leur nombre évolue de manière exponentielle, et elles sont aujourd’hui pratiquement présentes dans toutes les régions de France : plus de 2000 en 2015 ; soit plus de 250 000 Amapien.ne.s[1].

Comment expliquer cet engouement ? Quelles sont les significations attribuées aux Amaps par les consommateur/trice.s qui s’y engagent ? Quel sens donnent-il/elle.s à leur consommation ? Sur quels imaginaires, représentations ou systèmes de valeur se fonde cette consommation ? Philippe Robert-Demontrond, Vanessa Beaudouin et Isabelle Dabadie, chercheur.e.s du CREM, apportent des éléments de réponse dans un article publié dans Recherches et Applications en Marketing, à partir d’une importante étude ethnographique.

Autant de profils d’amapienn.ne.s que de légumes dans cette assiette ?

 

La Cultural Theory comme grille de lecture

Les auteurs interprètent leurs données selon la grille proposée par la Cultural Theory. Issue des travaux de l’anthropologue Mary Douglas, elle est pertinente pour l’étude de comportements de consommation et pour l’analyse de tous les mouvements de consommateur/trice.s qui s’organisent en collectif. Elle a pour vocation d’élucider les visions du monde des acteur/trice.s, les structures profondes de significations mobilisées dans leurs interprétations du monde, leurs jugements critiques et les justifications de leurs actions. Trois des quatre mondes définis par la Cultural Theory sont particulièrement présents dans la consommation amapienne : le monde de l’enclave (égalitaire et communautaire), le monde des contrats (individualiste et entrepreneurial) et le monde des statuts (élitiste et hiérarchique).

 

Coexistence de 3 univers de représentations

La présence du monde de l’enclave communautaire pour nombre de consommateur/trice.s s’avère positive en ce qu’elle a pour vocation de protéger les individus contre des dérives du marché. Toutefois, cette enclave a également des aspects négatifs en ce qu’elle participe à des phénomènes d’exclusion et d’enfermement gênant l’éventuel développement de l’Amap et exacerbe lesluttes et conflits potentiels.

Ceci conduit, dans le fonctionnement même des Amaps, à l’institution du monde des statuts. Ici se mettent en place petit à petit des phénomènes de distinction dans une bipolarisation des Amapien.ne.s entre « ceux/celles qui en sont » et « ceux/celles qui n’en sont pas », entre les « vrai.e.s » et les « faux/sses », les « bon.ne.s » et les « mauvais.es ». On trouve alors le tracé d’une frontière, un « mur de vertu » au sens de Douglas.

Enfin, pour d’autres Amapien.ne.s, on retrouve les traits caractéristiques du monde contractuel : i.e. cette forme de consommation, à l’instar des autres, a pour base la quête de bénéfices fonctionnels, émotionnels ou psychosociaux, dans une logique plus individualiste et égoïste.

 

Une pluralité de registres en tension

C’est justement dans la présence de cette pluralité de registres que se joue l’existence des Amaps : les mondes fonctionnent en référence les uns par rapport aux autres. Les auteur.e.s proposent alors de voir l’Amap comme une chimère, un système combinant des identités différentes, qui a besoin de ces tensions pour exister et évoluer. Sans le monde des contrats qui permet de formaliser les relations entre les acteur/trice.s, le monde clos de l’enclave s’essouffle; sans le monde enclavé, le monde des contrats n’a plus de sens. Comme si, reprenant Weber, les Amaps étaient un lieu d’investigation pertinent pour capter les basculements des logiques d’actions « en finalité » (où la rationalité prime) à des logiques d’action « en valeur » (où la relation prédomine).

Les significations données par les Amapien.ne.s à leur consommation et leur engagement sont donc multiples et contraires. Et vous, quel type d’Amapien.ne êtes-vous ?

Robert-Demontrond P., Beaudouin V. et Dabadie I. (2017), Diversité, conflictualité, complémentarité des visions du monde : une investigation anthropologique de la consommation en Amap, Recherche et Applications en Marketing (French Edition), First Published 19 Jan 2017.

[1] http://miramap.org/-Les-AMAP-.html